Les fascias et la mémoire tissulaire

Comment nos traumatismes impactent notre corps ?


C'est une question fascinante qui fait le pont entre la biologie, la neurologie et la psychologie. 

Pendant longtemps, on a considéré les fascias comme de simples "emballages" passifs de nos muscles. Aujourd'hui, on sait qu'ils jouent un rôle majeur dans la façon dont notre corps stocke et réagit aux traumatismes physiques et émotionnels.


​1. Qu'est-ce que les fascias ?

​Les fascias forment un réseau ininterrompu de tissus conjonctifs qui enveloppe et relie toutes les structures de notre corps : muscles, os, organes, nerfs et vaisseaux sanguins. 
Imaginez une seconde peau interne, une sorte de toile d'araignée en 3D, ultra-flexible et gorgée d'eau.

​Les fascias ont trois caractéristiques majeures :

  • ​Ils sont ultra-sensibles : Ils contiennent 6 fois plus de récepteurs sensoriels (nocicepteurs pour la douleur, propriocepteurs pour la position dans l'espace) que les muscles. C'est notre organe de la perception le plus vaste.


  • ​Ils sont viscoélastiques : Ils s'adaptent, se déforment et reprennent leur forme en fonction de nos mouvements.


  • ​Ils réagissent au stress : Ils contiennent des cellules appelées myofibroblastes, qui ont la capacité de se contracter de manière autonome, indépendamment de notre volonté ou de nos muscles.


​2. Le mécanisme du traumatisme : comment le tissu "imprime"

​Lors d'un choc (qu'il soit physique comme un accident de voiture, ou émotionnel comme une agression ou un deuil), le système nerveux passe en mode de survie (combat ou fuite).

  • ​La rétraction réflexe

​Sous l'effet de l'adrénaline et du cortisol, les myofibroblastes des fascias se contractent brutalement pour cuirasser le corps et protéger les organes vitaux.

  • ​Le figement

​Si le traumatisme est trop intense et que nous ne pouvons ni fuir ni combattre, le système nerveux central se fige. Les fascias restent alors contractés. Normalement, une fois le danger écarté, le corps tremble ou s'étire pour relâcher cette tension. Si ce processus de "décharge" ne se fait pas, la tension s'enkyste et les douleurs apparaissent. 

  • ​La déshydratation et la fibrose

​À cause de cette tension permanente, la circulation locale des fluides ralentit. Le fascia perd son eau, s'assèche, s'épaissit et crée des adhérences (les tissus collent entre eux). 
Le fascia perd sa plasticité : le traumatisme est "imprimé" dans la matière.

​3. Qu'est-ce que la "mémoire tissulaire" ?

​On parle de mémoire tissulaire car le fascia garde la forme et la tension associées à l'événement traumatique, même des années après. Il s'agit en fait d'un remodelage de la matière

​Une restriction de mobilité dans une zone (par exemple, suite à une entorse mal soignée ou un stress chronique) va modifier la tension de toute la chaîne de fascias. Des années plus tard, vous pouvez développer une douleur à l'épaule dont la cause réelle est cette vieille tension stockée dans la cheville ou le bassin.

​Puisque les fascias sont intimement liés au système nerveux émotionnel (le système limbique), masser ou étirer profondément un fascia bloqué peut soudainement libérer l'émotion cristallisée. C'est pourquoi il arrive fréquemment que des personnes fondent en larmes ou ressentent une immense colère lors d'une séance de libération des fascias, sans raison apparente. 
Le corps "raconte" ce que l'esprit a parfois refoulé.

​4. Comment libérer cette mémoire corporelle ?

​Puisque le traumatisme est inscrit dans la structure physique, l'approche purement intellectuelle (la psychothérapie classique) ne suffit parfois pas. Il faut passer par le corps (approches somatiques) :

  • ​La fasciathérapie, la myofascialogie,  l'ostéopathie : Des gestes doux et profonds pour redonner de la mobilité aux tissus et relancer la circulation des fluides.


  • ​Le Yin Yoga / Le Munz Floor / Le Qi Gong : Des étirements longs (tenus plusieurs minutes) qui ciblent spécifiquement les tissus conjonctifs profonds pour forcer le fascia à se relâcher et se réhydrater.


  • L'EMDR : Des thérapies psychocorporelles qui aident le système nerveux à digérer le trauma tout en restant connecté aux sensations physiques.



​Notre corps n'oublie rien, je vous conseille le livre passionnant du Dr Bessel Van Der Kolk sur ce sujet. Les fascias sont le tableau de bord biologique de notre histoire émotionnelle et physique. 

Prendre soin de ses fascias, c'est s'offrir une chance de libérer les poids du passé que l'esprit n'arrive plus à porter.

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